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‘’Affaire rituels des jumeaux’’ : la réaction du Père Adékambi, prêtre béninois vivant au Canada

L’investigateur 12/08/2022 à 21:01

L’affaire dite « rituels des jumeaux au Bénin » continue de soulever des vagues. Après les invectives entre deux prêtres David Koffi Aza (des religions endogènes et Justin Boccovo de l’église catholique), des réaction fusent de part et d’autre.

C’est le cas hier du Syndicat national des médecins et intellectuels traditionnels du Bénin (Synamitrab) qui a appelé à un comportement responsable de chaque obédience pour un vivre-ensemble entre les deux religions. En dehors de son intervention, le père Adékambi vivant au Canada est allé lui aussi de son analyse. Dr en théologie, Praticien de l’inculturation de la foi catholique, il a fait sa thèse de doctorat sur le Fâ. Lire son analyse publiée par Lnt.

La Réaction du Père Adékambi, prêtre béninois vivant au Canada

1. Je ne suis pas informé de la célébration chrétienne catholique de la cérémonie des jumeaux.
2. Je suis informé des célébrations chrétiennes catholiques de chrétiens Fon, selon des rites inculturés, c’est-à-dire inspirés de rites culturels Fon.
3. Nous appelons ça "inculturation" : emprunter aux cultures tout ce qui peut nous aider à dire, célébrer et vivre notre foi. Le principe est que : nous sommes des chrétiens catholiques, mais nous ne sommes pas des Blancs. La foi chrétienne (ou musulmane) a inévitablement une foi inculturée : exprimée, comprise et vécue dans, par et à travers une culture. Le manifeste pour une foi africaine inculturée est contenu dans un collectif de 1956 intitulé Les prêtres noirs s’interrogent. Il a été réédité à l’occasion des 60 ans de sa parution. Toutes ces revendications pour un christianisme catholique africain a trouvé une réponse officielle de l’Église catholique par la bouche du Pape Paul qui disait en 1969, lors de sa visite à Kampala : "Africains, vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain".

4. L’inculturation revendiquée, réclamée et officiellement reconnue et promue par l’Église suppose un regard positif sur les cultures africaines par le christianisme catholique : nos cultures ont des valeurs de tout genre qui peuvent être assumées par le christianisme. Mais aussi, elles ont des réalités qui sont contraires à la foi catholique. Réduire la rencontre entre le christianisme catholique et les cultures africaines du temps des missions équivalent au temps de la colonisation, c’est preuve d’une honnêteté intellectuelle discutable. Nous n’en sommes plus à l’époque où nos cultures étaient diabolisées.

5. L’inculturation, à mon humble avis, suppose deux choses. Premièrement, que les cultures africaines ne sont pas les propriétés exclusives des gestionnaires de la culture, que ce soit les gestions politiques ou religieux. Les cultures sont nos patrimoines communs dans lesquelles les héritiers d’une autre foi peuvent aller puiser. Deuxièmement, cela demande des recherches scientifiques critiques à la lumière de la raison et de la foi professée (christianisme ou islam).

6. L’inculturation des rites funéraires Fon d’Abomey. C’est vrai. L’Église catholique d’Abomey a conçu un rituel, pour ses fidèles, qui comprend des rites et des symboles empruntés aux rites et symboles culturels Fon. Résultat : nous avons deux variantes du même rite : une, traditionnelle, pour les non catholiques, et une pour les Fon catholiques. Pour ma part, ces deux bonnes guerres, pour les raisons exposées ci-dessus. Il n’y a aucune raison d’en vouloir à l’Église catholique. Cependant, on lui en veut parce que les gens préfèrent de plus en plus ce rite inculturé pour plusieurs raisons.
7. La question de l’inculturation de rites religieux liés à des divinités.

C’est une première, à ma connaissance, si on exclut les rites de divinités qui ont été inculturés dans le répertoire des chants, des rythmes et des mélodies des chants liturgiques catholiques. Toutefois, dans la perspective de l’inculturation, je comprends bien que cela pose problème, et ce, pour deux raisons. La première est que la frontière entre le cultuel et le rituel est très difficile à tracer. Nous, nous essayons de le faire dans l’oeuvre de l’inculturation. La deuxième est que l’inculturation porterait explicitement sur un élément religieux cultuel, du culte d’une divinité du panthéon culturel. Ceci étant, je comprends très bien l’entreprise de mon confrère indexé dans l’audio que je connais bien. Voici mes éléments de compréhension.

Le panthéon Fon et/ou Yoruba est illimité. Pour ma part, je classe les divinités en divinités cosmiques (règne animal, règne végétal, règne minéral, astres, etc.), en divinités mythologiques, notamment celles qui sont contenues dans Ifa, à commencer par Ifa lui-même, puisque chacun des Odu est une divinité, et les divinités anthropogénétiques ou êtres humains déifiés en raison de leur anomalie de tout genre : les Toxosu des Fon les Ibeji des Fon et des Yoruba, les enfants sorciers des cultures du Nord Bénin. L’Église est engagée à sauver les enfants sorciers (et les Toxosu) et c’est apprécié par beaucoup comme une oeuvre sociale.

La gémellité peut être aussi faire l’objet d’une oeuvre de libération en lui enlevant son caractère fasciendum et tremendum. De fait il y a, depuis des années, dans l’Église catholique au Bénin, des associations de jumeaux. Je parie que ce n’est pas pour faire des sacrifices à la divinité de ce nom. Tout au contraire !

Il me paraît donc normal, aujourd’hui, que des chrétiens catholiques ayant fait des jumeaux ne se soumettent aux rites traditionnels des jumeaux, mais que l’on en cherche des variantes qui leur soient propres, au nom de leur identité culturelle, de leur foi, mais aussi de la raison critique que connaissent bien nos cultures.

Quant aux menaces de l’auteur de la vidéo, il faut les prendre au sérieux. Mais ce n’est pas la divinité Ibeji qui nous fera du mal. Ce sont des humains, en chair et en os, qui s’en chargeront. C’est aussi une réalité de notre culture et de nos cultes endogènes. Des laïcs, hommes et femmes, pour ne citer qu’eux, sont morts pour la cause de la rencontre entre foi, culture et raison, ainsi que pour la cause des variantes chrétiennes catholiques de certains rites culturels.

Moïse Adéniran Adékambi, prêtre

Qui est le Père Adékambi ?
Moïse Adéniran Adékambi, est un prêtre béninois très cultivé , servant actuellement au Canada. Il est Spécialiste de la Bible (DEA), Dr en théologie, Praticien de l’inculturation de la foi catholique , Secrétaire général de l’Association Panafricaine des Exégètes Catholiques et Vicaire général du diocèse de Gaspé, Qc, Canada. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur le fâ.




 
 

 
 
 

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